Pierre Viret: le Réformateur oublié

Pierre Viret, surnommé le « réformateur oublié », est le seul grand réformateur francophone de première génération d’origine suisse romande. Et pour cause, le Musée protestant le dit explicitement : « le seul réformateur français qui soit né dans l’actuelle Suisse romande ». Les Archives d’État de Genève parlent de même du « seul réformateur romand » parmi le groupe des premiers prédicateurs genevois.

Pierre Viret, né vers 1511 à Orbe, dans le Pays de Vaud dans une famille pieuse dans laquelle le père est couturier et retondeur de draps.

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Il fait des études à Paris, au collège Montaigu, que fréquentèrent Erasme, Calvin et Loyola notamment. Après des études à Paris, il adhère aux idées de la Réforme et devient pasteur. Proche de Guillaume Farel, il participe dès 1536 à l’implantation de la Réforme dans le Pays de Vaud.

Pour certains historiens, il est le véritable fondateur de l’Académie de Lausanne, la première université en terre romande. Son abondante oeuvre (littéraire et spirituelle) fait de lui, comme a dit l’écrivain Philippe Godet, le premier écrivain romand. Son oeuvre est colossale et pourtant, il est peu connu.

Viret formait avec Calvin et Farel ce trio d’amis inséparables et merveilleusement complémentaires que l’on surnommait le Trépied ou les Patriarches: Calvin en incarnait la science du théologien, Farel le tonnerre du tribun populaire, tandis que Viret en était la voix douce et la persuasion bienveillante.

La correspondance entre les trois amis est extrêmement intéressante. Elle nous montre des Réformateurs très humains.Viret mourra à Pau, probablement de fatigue, le 4 avril 1571.

Pierre Viret, l’absent du Mur des Réformateurs

Selon Daniel Bovet, Président de l’Association Pierre Viret à Lausanne, Pierre Viret n’avait rien du petit réformateur local. Il était considéré comme un grand écrivain à son époque, cependant, nous dit-il, la plupart des œuvres de Viret, n’ont pas été rééditées depuis le XVIe siècle. Rien n’explique, selon Bovet, le quasi oubli dans lequel Viret est tombé, et moins encore que Pierre Viret ne soit pas aux côtés de Calvin, de Bèze, Farel et Knox sur le mur des Réformateurs à Genève. Car il est bel et bien un géant de la Réforme.

(Source: « Le Temps » https://www.letemps.ch/suisse/pierre-viret-reformateur-oublie?srsltid=AU7gw4W3JpmLIddN5tF85KGAgNgBOYmJnc78fEVe-qQMbQTFkHs1SNWf)

Le rôle de l’alimentation dans l’œuvre de Pierre Viret

Il n’existe aucun document historique détaillant les goûts ou les préférences gustatives personnelles de Pierre Viret, cependant, l’alimentation occupe une place centrale dans ses écrits théologiques, éthiques et satiriques. Les Satyres chrétiennes de la cuisine papale publiées en 1560 montrent bien que l’alimentation est un thème privilégié de la littérature pamphlétaire protestante pour dénoncer les dérives de l’Église de Rome. 

Viret a utilisé la thématique des excès de la table pour attaquer la papauté et les rites de Rome. Il a dénoncé le jeûne et les pratiques alimentaires de catholiques comme étant des hypocrisies et des dérives rituelles éloignées du véritable Évangile. 

Le réformateur faisait appel à des comparaisons culinaires, comparant par exemple la Bible à un banquet offrant une nourriture adaptée à chaque appétit et à chaque « estomac » pour la rendre accessible au peuple. Enfin, sur le plan de l’éthique sociale et commerciale, Viret œuvrait au nom de la justice et de la protection des plus vulnérables.

La soupe aux épinards empoisonnée

En 1534, Viret se rend à Genève, avec Farel et Froment, Calvin n’est pas encore là. Les prédications des trois Réformateurs rencontrent un grand succès mais  il y a aussi de l’opposition. Un plan est établi pour éliminer d’un seul coup les trois Réformateurs.

Les opposants se servent d’une jeune femme appelée Antonie Vax qu’on fait passer pour une réfugiée « évangélique ». Ils la font engager comme servante dans la maison où logent Farel, Viret et Froment. Puis, on lui donne du poison pour qu’elle le mélange à la soupe qu’elle prépare pour eux.

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Elle prépare donc une soupe aux épinards dans laquelle elle verse tout le poison qu’on lui a donné. Et, pour que les Réformateurs ne se doutent de rien, elle la fait très épaisse, puis elle la sert aux trois amis. Froment échappe à l’empoisonnement car au moment où il allait la manger, il est appelé ailleurs et se lève de table.  Farel trouve la soupe  trop épaisse et il demande qu’on lui serve autre chose. Viret, par contre, en avala un plein bol. Il tombe grièvement malade et il frôle la mort.  Il s’en releva pourtant, mais cet empoisonnement le fragilisa  pour toute sa vie. 

Soupe aux herbes dans lancienne maison

Les soupçons se portèrent tout de suite sur Antonie Vax. Celle-ci était originaire de Bourg-en-Bresse marié à un tondeur de draps nommé Francey. Elle s’était déjà trouvée mêlée à une autre affaire d’empoisonnement à Bourg. Interrogée après son arrestation, Antonie Vax impliqua dans l’affaire un chanoine catholique de la ville, soupçonné d’avoir été le cerveau de l’opération et un apothicaire, lié à la fourniture du poison.

Durant son procès  la servante ne cessera de se contredire et de raconter des histoires qui ne l’aideront pas pour sa défense. Le 14 juillet elle est condamnée à mort et elle est décapitée le jour même à Champel, son corps est pendu au gibet et sa tête sur un poteau. Seule la servante a été exécutée. 

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Pensée du jour…

« La religion est de telle nature qu’on n’y peut pas traîner les hommes par force ni par violence ; on les y amène par la prière, la bonne et pure doctrine et les bons exemples d’une vie sainte et honnête ». Pierre Viret

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