L’histoire de la « soupe au lait de Kappel »
La « soupe au lait de Kappel » — en allemand Kappeler Milchsuppe — est un épisode célèbre de l’histoire suisse, devenu un symbole de réconciliation entre catholiques et protestants.
Le contexte historique
En 1529, la Suisse est profondément divisée par la Réforme protestante menée par Ulrich Zwingli à Zurich. Les cantons catholiques et protestants mobilisent leurs armées. On craint alors une guerre civile entre suisses.
Le 10 juin 1529, les forces protestantes de Zurich et les cantons catholiques s’affrontent sur un champ à Kappel am Albis, aujourd’hui cet endroit est connu sous le nom de Milchsuppestein ( pâturage de la soupe au lait ) .Une médiation est tentée. Fatigués et affamés par une longue marche, les soldats des deux armées commencent à fraterniser. La légende raconte qu’au final, les soldats installèrent une immense marmite au centre du champ de bataille : les catholiques apportèrent du lait, les protestants du pain.On commence à manger, chacun assis de part et d’autre de la marmite, sur son territoire.Ce partage de la première « soupe au lait de Kappel » apaisa les tensions suffisamment longtemps pour permettre aux négociateurs de parvenir à un accord de paix, c’est ainsi que le 26 juin 1529, les deux camps choisirent la paix et évitèrent un massacre. On appelle souvent cette soupe « la soupe de Zwingli » en référence au rôle de Ulrich Zwingli dans la Réforme zurichoise.
La rupture
Huldrych Zwingli fut ordonné prêtre à l’âge de 22 ans. À partir de 1519, il exerça à Zurich comme prédicateur à la paroisse de Grossmünster qui fut le point de départ de la Réforme zurichoise menée par le Réformateur.

À partir des années 1520, Zwingli commence à critiquer l’Église catholique, il supprime la messe traditionnelle, le jeûne obligatoire, les images religieuses dans les églises, et pousse plusieurs cantons suisses vers le protestantisme.
Les cantons catholiques se sentent alors menacés. C’est cette opposition qui mène à la première guerre de Kappel en 1529 — celle de la fameuse soupe au lait.

La mort d’Ulrich Zwingli à Kappel par Karl Jauslin, disponible sur Wikimedia Commons, Domaine public
L’ironie de l’histoire
Contrairement à toutes les guerres de l’histoire, la guerre de Kappel prit fin avant même d’avoir commencé, grâce à une fameuse marmite de soupe.

Anker Kappeler Milchsuppe 1869. Domaine Public
Cette soupe est devenue un symbole de paix et de compromis, alors que Zwingli lui-même était beaucoup plus combatif que Luther sur le plan politique. Il estimait qu’il fallait parfois imposer la Réforme par la force. Deux ans après l’épisode de la « soupe », le 11 octobre 1531, Ulrich Zwingli accompagne les troupes zurichoises lors de la seconde guerre de Kappel. Il n’y participe pas comme chef militaire, mais comme aumônier. Il meurt au cours de la bataille, lors de la défaite des Zurichois face aux cantons catholiques.

La mort d’Ulrich Zwingli à Kappel par Karl Jauslin, disponible sur Wikimedia Commons, Domaine public.
Postérité et imaginaire collectif
« La soupe au lait est une légende », déclare le Dr Georg Kreis de l’Université de Bâle à Great Big Story dans cet article. Mais elle résonne encore aujourd’hui, et l’histoire de son rôle dans la résolution des conflits est profondément ancrée dans la tradition.
Aujourd’hui, la soupe au lait de Kappel (Kappeler Milchsuppe) possède son propre monument commémoratif, le Milchsuppenstein, littéralement « la pierre de la soupe au lait ». Situé au sommet d’une colline dominant le lac de Zoug.

Adrian Michael, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
La localisation exacte du repas demeure toutefois incertaine : le monument commémore avant tout la mémoire de cet événement. Aujourd’hui encore, la soupe de Kappel est servie lors de certaines rencontres célébrant le dialogue et la résolution pacifique des conflits.
Cette légende de la soupe est ancrée dans le inconscient collectif suisse et la soupe sous ses différentes variantes contemporaines est même servie dans les restaurants.
En 2017, les organisateurs de « Ensemble vers le milieu : 500 ans de Réforme », un événement œcuménique célébrant l’unité des chrétiens suisses, organisèrent un dîner-soupe où figurait également de la soupe au lait de Kappeler.

Statue d’Ulrich Zwingli près de la Grossmünster, à Zurich (ZH), en Suisse.
Fichier Wikimedia Commons. Auteur Jérémy Toma
Pour aller plus loin…
Vous pouvez visionner cette histoire sur ce lien. Il s’agit d’une émission d’animation éducative suisse « Helveticus », qui raconte l’histoire et les légendes du pays de manière ludique et courte.







